Brol #14 – collaboration

Y’a ma copine Margot qui vient de lancer le projet sur lequel elle travaille depuis un petit temps, Belgium WW II, et je vous invite vivement à aller jeter un oeil sur le site. On y apprend plein de choses sur la collaboration en Wallonie et en Flandre durant la seconde guerre mondiale mais aussi sur la vie quotidienne sous l’occupation et sur le fonctionnement de certaines institutions. On découvre également plusieurs destins différents, le contexte historique et la complexité des phénomènes de collaborations mais aussi les divergences entre les mémoires individuelles et collective et la réalité historique.

En gros c’est une encyclopédie en ligne où on apprend plein de brols (avec plein de trucs expliqués en vidéo et avec en plus la petite voix de Margot <3. Son explication du projet ici.)

Ce que je retiens surtout c’est que la collaboration est complexe, multiple, hétéroclite. Elle revêt des formes diverses et est incarnée par des personnes et personnalités plurielles qui sont elles-même influencées/déterminées par de nombreux facteurs (contextuels autant que personnels) qui se combinent. Dont l’éducation, évidemment, que je souligne parce qu’à mon sens, là est le vrai nerf de la guerre.

La collaboration répond également à des objectifs multiples. Mais avant tout : collaborer, c’est une des manières de s’adapter à l’occupant et à ses règles. Collaborer, c’est contribuer à remplir des objectifs qui ont été fixés par cet occupant. 

Je trouve particulièrement intéressant de se rappeler tout ça aujourd’hui.

Parce que, pour rappel, (comme l’a d’ailleurs si bien exprimé Marie-Aurore D’Awans à Namur la semaine dernière et que vous pouvez revoir ici), voici la situation aujourd’hui, en Belgique, à Bruxelles, en 2017 :

Non seulement ce sont les citoyens qui doivent pallier l’inertie/l’abandon de notre gouvernement qui ne garantit pas l’accueil minimal auquel elles devraient avoir droit (les droits de l’homme, vous voyez?) à des personnes qui se réfugient sur notre territoire, mais en plus ces actions citoyennes bénévoles ne sont ni facilitées ni encouragées par les pouvoirs publics, mais il y a pire pire pire encore (et c’est là que j’ai vraiment HONTE) puisqu’une politique répressive est mise en place, les policiers procèdent à des interpellations (musclées), à des rafles, à des confiscations de vivres et de matériel de première nécessité. Sans parler de la collaboration (collaboration, tiens tiens, justement…) de notre gouvernement avec le régime soudanais que fuient bon nombre de ces personnes (pour rappel il s’agit d’une dictature à la tête de laquelle se trouve Omar El Béchir qui est poursuivi par la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Entre autres.) Bref, les politiques fédérales et communales se donnent la main et se serrent les coudes dans la répression, l’irresponsabilité et l’inhumanité.

Aujourd’hui, il n’y a pas d’occupant, comme durant la seconde guerre mondiale. Notre gouvernement a été élu démocratiquement. Le contexte est totalement différent à plein de niveaux. Mais fermer les yeux et faire taire ses cris face à de telles pratiques, c’est pas déjà un peu collaborer ? C’est pas aller dans le sens de politiques avec lesquelles on n’est pas d’accord et ainsi contribuer à remplir leurs objectifs ? C’est pas déjà accepter l’inacceptable ?

Je dis pas que c’est facile. Agir, c’est pas si évident.

C’est pas si évident déjà, parce que accepter l’inacceptable, on le fait tous les jours, pour plein de choses, à plein de niveaux. Parce qu’on vit dans un monde où un peu partout, l’inacceptable s’est glissé. Et qu’on s’y adapte, dans une certaine mesure, puisqu’on n’a pas d’autre choix (même si l’adaptation se fait à des degrés divers et avec des blessures plus ou moins profondes). Alors bien sûr, puisque l’inacceptable, sournois, est de toute façon déjà là, on peut se dire « à quoi bon? » parce que non, effectivement, on va pas tout régler d’un coup. (Mais bon, je vous ai déjà parlé ici de la théorie de la goutte d’eau dans l’océan).

Puis, c’est pas si évident ensuite, parce que même si on veut agir, on sait pas toujours trop bien comment faire, on se sent tout petit, on est soi-même un peu broyé dans ce pays/cette époque/ce monde, dans un truc qui nous dépasse, qui va trop vite, qui est trop grand, trop lourd, trop gris. Et puis en plus on a aussi tous nos vies qui filent, nos quotidiens, nos conforts, nos boulots, nos responsabilités, nos bonheurs dont il faut s’occuper, nos jours, nos heures, nos minutes toujours trop courts.

Mais en fait, y’a des locomotives, des gens qui s’organisent, qui se structurent. Qui sont concrets, qui font des choses, qui ont déjà commencé, qui apportent leur aide. Et là ça devient beaucoup plus facile d’agir parce qu’en fait y’a plus qu’à ! Y’a plus qu’à se rallier à eux pour apporter sa petite goutte d’eau qui fera tourner le moulin un peu mieux, ou son petit grain de sable qui peut contribuer à enrayer un engrenage destructeur. Ces gens, c’est par exemple Deux Euros Cinquante, la plateforme citoyenne d’hébergement ou la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés à Bruxelles ou encore le groupe de solidarité avec les réfugiés de la gare du Nord. Et il y a tous ceux que je ne connais pas, ceux qui donnent des cours, ceux qui donnent des conseils juridiques, ceux qui traduisent des trucs, ceux qui font des consultations, toutes les structures de soutien, et puis tous les autres qui se raccrochent aux locomotives et apportent leur petite goutte, chacun selon ses moyens, ses possibilités, son temps, ses limites, sa réalité. En faisant des dons financiers, en hébergeant des personnes, en préparant à manger, en faisant des trajets, en distribuant de la nourriture, en étant là, humains avec d’autres humains pour un peu plus d’humanité. Merci, merci à ces énergiques locomotives et merci à tous les wagons qui s’y raccrochent.

Je ne dis pas bien sûr qu’il n’y a que là-dessus qu’on peut/doit agir. Beaucoup d’entre nous avons déjà d’autres causes, d’autres indignations, d’autres intérêts. Beaucoup d’entre nous avons des métiers et/ou travaillons pour des institutions dans lesquels on insuffle des valeurs similaires depuis longtemps, pour lesquels on porte des projets de terrain également, je pense (pour mon secteur évidemment) à ma belle Patricia aux Tanneurs qui fait un travail d’inclusion unique et tellement important, je pense à ce que fait Fredo au Théâtre Varia depuis des années, à ce qui est fait au KVS, et il y en a tant d’autres encore, et je ne parle que des théâtres parce que c’est ce que je connais le mieux, mais il y a tellement de personnes, tous métiers et tous secteurs confondus, mais également bénévoles, dans leur vie quotidienne, qui oeuvrent au quotidien pour que le monde soit un peu plus humain, plus léger sur nos épaules à tous, sans distinction. Je pense à tous ces gens à qui il importe davantage depuis toujours d’essayer de rendre le monde un peu meilleur que de gagner plein de fric, et qui ont fait des choix de vie en conséquence. Ces processus de fond, de longue haleine, sont souvent discrets, trop peu visibles mais pourtant bien concrets également. Pas de leçons, pas de culpabilisation, juste la conscience de ce qu’il se passe et la prise de conscience qu’il est possible d’agir à plein d’endroits, à plein d’échelles, et que plein de gens le font déjà.

J’aurais aussi voulu parler ici d’Eschyle et du bateau des Danaïdes, parce qu’il y a aussi tous ceux qui ne comprennent pas toujours où est l’ennemi et pour qui/contre qui il est possible ou nécessaire de se lever. Mais je suis fatiguée et peut-être que vous aussi après ce super long brol, alors je le ferai une autre fois.

Bisous ❤

PS : Margot, à quand un Belgium WW II sur la résistance ? 🙂

4 réflexions au sujet de “Brol #14 – collaboration”

  1. Merci, ma Ju. J’avais été informée du projet de Margot par sa grand-mère Jeanne-Marie, qui est une amie très chère, et je suis bien contente que tu le relaies.
    A propos de la collaboration, ou d’une anti-collaboration, tu sais déjà peut-être qu’un des oncles de MiIou – qui s’appelait aussi Camille Mogenet – avait été, comme beaucoup de jeunes Wallons, séduit par Léon Degrelle, son éloquence dynamisante, son mouvement Rex et son prétendu programme de « mains propres » pour la Belgique. Mais lui a vu clair assez rapidement, il a combattu activement Rex et, dès le début de la guerre, s’est engagé dans la mission dangereuse de faire passer en Angleterre ou ailleurs les personnes, juives ou autres, adultes ou enfants, menacées par l’occupation allemande. Malheureusement après environ 1 an d’action, il a été dénoncé aux autorités et a été fusillé le 22 octobre 1941. Il avait 31 ans. Un de ses frères reprendrait « le flambeau » 2 ans plus tard, à Anvers, et réussirait à s’en sortir après 2 incarcérations, 1 évasion, 1 condamnation à mort… et la fin de la guerre.

    Aimé par 1 personne

    1. Ouaouw, quelle histoire Nounou. Tu me raconteras les détails quand on se voit. Margot m’a dit qu’elle allait justement faire la même chose que pour la collaboration mais sur la résistance ! Ça pourrait peut-être l’intéresser de discuter avec toi de tout ça !

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