Brol #49 – ici

Hier soir, j’ai eu l’immense plaisir d’intégrer La ronde littéraire, aussi (bien) nommée Enlivrez-vous. Une bande de joyeux copains amateurs de bons livres et bons vins se retrouve une fois par mois pour se présenter les livres coups de coeur de chacun autour d’un thème défini et de bonnes bouteilles. Les sélections sont éclectiques, les goûts et couleurs se mélangent et contrastent.

Le thème cette fois était (tiens donc!) le confinement. Il y a ceux qui rêvaient de grands espaces : on a parlé de Kerouac et de pirates, de vie au grand air, de solidarité, d’amitié, de bâtisseurs de cathédrales. On a aussi parlé de violence domestique, d’enfermement, de ceux dont le foyer est synonyme de peur ou source de terreur. On a aussi parlé de Chez Soi de Mona Chollet (dont je vous avais déjà touché un petit mot ici).

Je dois écrire un petit mot sur le livre que j’avais choisi, donc je me suis dit que j’allais en profiter pour écrire un petit Brol, puisqu’il s’agit d’un de mes grands classiques, un livre qui te reste en tête, avec lequel tu vis pendant longtemps, dont certaines images te sautent à la mémoire parfois, comme ça, au milieu de la journée, quand tu filmes ton bébé qui joue ou quand tu arroses tes plantes.

C’est un livre qui vient te cueillir au creux de ton quotidien, et qui t’emmène aussi très loin, dans un double mouvement : intime-univers-univers-intime. Il y a ta petite petite minuscule vie, nos petites vies, et leur inscription dans l’immensité du temps.

Le livre s’appelle « Here » de Richard McGuire, c’est un roman graphique qui montre et raconte l’histoire d’un lieu. Un lieu qui change, qui évolue, qui est construit, détruit, reconstruit, un lieu qui voit se succéder des moments sauvages, des générations d’enfants qui deviennent adultes et font des enfants à leur tour, des années de vide, la nature qui prend toute la place, des mammouths, des fous-rires, des répliques qui se ressemblent, se répondent, se répètent à travers les générations, des travaux, des incendies, des danses, de l’amour, des disputes, des bibliothèques, des maladresses, des familles, des twisters, des souvenirs, des dinosaures et des hommes bioniques.

J’y ai pensé, à ce livre, avant de le lire. J’y ai pensé quand j’étais petite et que je me demandais si mon arrière-arrière-grand-mère était morte dans ma chambre, si ma grand-mère était née dans celle de mon frère, si le sureau du fond du verger avec lequel on se fabriquait des fausses cigarettes existait déjà quand mon papa était petit. J’y ai pensé dans mon ancienne coloc, quand je me demandais quel enfant avait grandi dans ma chambre, quels chagrins et quelles joies il y avait vécu, quels secret y étaient cachés. J’y ai pensé dans mon premier appartement, en rencontrant les locataires qui s’en allaient, en croisant leurs livres et en prenant soin des boutures qu’ils m’avaient laissées. J’y ai pensé aussi, bien sûr, quand on a découvert un trésor en rénovant notre appartement. Et j’y ai pensé, évidemment, pendant ce confinement où j’ai passé tant de temps chez nous, dans nos pièces pas tout à fait terminées, où partout encore il y a des traces de l’avant, mais où la lumière ne rentre si bien que depuis qu’on y a cassé nous-mêmes la moitié des murs.

C’est un livre sur ce qui vit et disparait. Un livre sur l’impermanence, la mémoire et l’oubli. Qui montre tout ce qui passe, s’efface, ce qui nous attend et ce qui nous dépasse. C’est un livre vertigineux, ingénieux, bouleversant. C’est une de mes grandes références, une inspiration, un des coups de coeur qui me transporte depuis des années et nourrit mes obsessions – un livre qui reste, au milieu de tout ce qui passe.

Voilà ! Lisez-le si vous le trouvez, et aussi allez suivre les coups de coeur de La ronde sur Instagram  ! ❤

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