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Brol #66 – en 2021 il y eut

En 2021, il y eut

– des graines semées et des caresses ; certaines dont on admire déjà l’éclosion, d’autres encore promesses – il y eut la vitesse qui brûle puis la lenteur forcée – il y eut une grossesse difficile et adorée – douleur, peur, nuits blanches et noires de solitude – il y eut de subtils mélanges à régenter des dosages à trouver : joie espoir angoisse confiance découragement sérénité mélancolie désarroi euphorie désespoir – il y eut ma joie écimée, l’impression de m’éloigner de moi-même, de m’éteindre face à ceux qui m’étreignent – et cette seule phrase à la première personne, presqu’un aveu : j’ai été fatiguée, abîmée, ébréchée, blessée – il y eut du temps retrouvé rempli de travail jusqu’à déborder – il y eut des projets, des envies, des écoutes, des images, des rencontres – il y eut des embryons, des bribes, des brouillons – il y eut des soifs multiples et puis cette désagréable sensation d’éparpillement – et l’impossibilité de faire autrement –

il y eut des vacances sans repos et du travail sans effort – il y eut des coïncidences puis des correspondances – il y eut de la beauté, des échanges des idées des dessins des chansons des couleurs – il y eut l’âme et la vague puis les deux assemblées – il y eut des cris et des larmes, de joie et de rage – il y eut des contradictions, des tâtonnements et une puissance retrouvée – il y eut la ville et la mer, des départs et des trouvailles – il y eut du sable dans les yeux et la griffe du vent sur nos poignets – il y eut des accidents, des pertes, la vie suspendue, la souffrance, la peur et la tristesse des aimés leur souffle coupé et cette certitude limpide soudaine : tu ne peux pas prendre ma douleur, je ne peux pas prendre la tienne – comment t’aider alors à la porter la rendre légère ?

– il y eut des oiseaux, des plantes, des pierres, des horizons bleus et des paysages éteints – il y eut bien sûr de l’amour de l’amour de l’amour – l’amour et les années qui le nourrissent, le renforcent, le patinent et le condensent – il y eut la danse, la joie, la lumière de notre mariage si doux, et la certitude d’être si bien entourée – quand on dit, quand j’écris bien entourée je vois les bras de mes amies de mon amour et de mes enfants qui forment un grand cercle et m’enveloppent, m’emmitouflent et me bordent – il y eut la gratitude –

il y eut Maurice, bien sûr, et notre quotidien tous les deux, et tous les trois, et tous les quatre, il y eut ses paroles et ses gestes, ses cabanes et ses donjons, mon univers qui s’éclaire ou s’assombrit au rythme de son regard ou de sa langue déliée, le monde que j’apprends, désapprends et réapprends chaque jour avec, pour et à travers lui –

il y eut Mémoires bien sûr, l’intensité, et tout ce que ce projet a fait germer et ruisseler

et puis, surtout, surtout, en 2021, il y eut Louve, Louve, Louve. Louve : son arrivée fracassante, cinématographique. Louve, sa douceur : sa peau de velours, le dessin rose de sa bouche ourlée, les longs cils qui bordent son regard. Louve, sa puissance : le miracle de son existence, la force de sa main qui saisit la mienne, ses gestes ses cris de petit dragon, et l’amour qui déborde, évidemment.

Brol #65 – mon corps

Mon corps est toujours mon corps : je reconnais sa peau, son grain serré, sa bouche trop petite remplie de mots qui débordent, je reconnais ses yeux dont la couleur s’adapte à l’humeur, à la lumière, bordés de cils timides, cernés de mauve, gonflés le matin. Je reconnais ses grains de beauté, ses cicatrices, sa chevelure indomptée.

Je reconnais mon visage, sa rondeur, l’acrochordon sur le côté droit du nez, les lèvres pâles, qui manquent de fer. Je reconnais ses mains potelées par la chaleur, rêches et fines quand il fait froid, ses ongles cassants et trop vite salis, ses bagues aux doigts que tous ceux qui m’aiment font tourner entre les leurs.

Je reconnais ses jambes musclées et ses bras mous, ses pieds plats, sa blancheur lactée, sa pilosité aventureuse, ses poignets décorés des mêmes bracelets depuis des années, son oreille gauche bouchée.

Je reconnais son rire et sa voix hésitante qui accélère par saccades et se charge de brise quand plus de deux interlocuteurs tendent l’oreille.
Je le reconnais, mon corps, il est toujours mon corps.

Mais, depuis Maurice, mon corps n’est plus tout à fait mon corps.
Il est aussi niche, refuge, tipi, cabane, maison. Il est flûte ou tambour. Il est montagne à gravir, liane à saisir, animaux multiples à chevaucher. Il est terrain de jeu exploratoire : à la fois balançoire, toboggan et mur d’escalade. Il est fauteuil, chaise, oreiller, couverture. Il est désert à habiter, aspérités à explorer, il est peau-pâte à malaxer, triturer, dévorer. Il est monticule, prairie, forêt, champs infinis à observer, labourer, parasiter. Il est circuit automobile, piste d’atterrissage, chantier, univers entier.

Dans une petite plaie ouverte, Maurice imagine un pépin germer, dans mes yeux il voit des arbres danser.

Il fourre encore souvent ses doigts dans ma bouche, mon nez, mes oreilles, il s’agrippe à mes cheveux qui blanchissent, griffe mon dos, étreint mes jambes, plante ses petits doigts comme des crampons dans mes épaules nues, ma nuque, referme ses bras autour des miens.

Il caresse mon visage que de nouvelles rides sillonnent, il est fasciné par mon ventre-océan, par mes mamelons sombres et déformés, par ma peau qui s’étend.

Il me demande souvent, ces derniers temps, si je peux sortir sa petite sœur : sors-la, mets-la par terre s’il te plaît maman bleupbleup, je voudrais lui donner ma tutute, lui montrer mes jouets.

Mon corps est toujours mon corps, il est aussi beaucoup plus, même s’il m’appartient beaucoup moins.

Mary Cassatt

Brol #64 – sommeils et sommets

En établissant une petite liste des lieux où j’ai dormi depuis ma naissance pour un défi d’écriture lancé par Lucioleetfeufollet, j’ai refait le trajet de ma vie à l’envers pour retrouver les lits, les trains, les endroits étranges où mes yeux se sont fermés.

C’était la première fois depuis longtemps que je faisais ce trajet-retour, que j’allais à rebrousse-poil de la course des jours qui avance.

Ç’a été un moyen de me remémorer les beaux moments vécus, les lieux découverts, les villes, les vacances, l’intensité contenue dans ces soirées, ces nuits, ces pauses et ces siestes – et surtout la qualité des relations, des personnes ayant partagé tous ces sommeils, parfois des sommets.

J’ai aussi repensé à des nuits d’amour tellement anciennes qu’elle ne reviennent plus jamais à la surface de mes souvenirs – elles n’ont normalement aucune raison d’y flotter. Mais ça m’a fait plaisir, ça m’a fait sourire, ça m’a fait frissonner de me remémorer leur existence, de savoir qu’elles existent encore, quelque part là, dans un morceau de papier plié en mille, retrouvé au fond d’une poche de la mémoire de ma vie d’avant.

Sans T, et sans M évidemment, je serais peut-être restée nostalgique de cette vie d’avant, ces insouciances, ces voyages en train à la destination incertaine. Il me manquerait sans doute, ce temps des horizons élargis, des possibilités infinies. Ou peut-être y vivrais-je toujours, dans cette adolescence sautillante et exaltée, mais peut-être pas. Peut-être aspirerais-je exactement à vivre ce que je vis (oui) et cela me donne une raison supplémentaire de le savourer en même temps que je chéris ce passé d’avoir lui aussi existé.

J’ai photographié un jour un tag dans les Marolles qui disait quelque chose comme « si tu traces une route, tu auras du mal à revenir à l’étendue ». J’y repense parfois.

Pluie de météores, 1882

Sur des canapés, des fauteuils, sous des tables, emboîtés avec mes frères et ma sœur chez des amis de nos parents, des oncles et tantes, nos grands-parents. Sur la banquette du fond de la Renault 21 Nevada, et puis je me réveillais le lendemain matin dans mon lit, comme téléportée. À Ath, chez mon amie Marie-Charlotte, après avoir supplié nos parents de nous laisser rester ensemble encore un peu. Dans le grand lit de la chambre de ma sœur, tous les 4. Dans les cabanes construites en draps et en coussins sur le carrelage du salon ou de la salle à manger. Dans des salles de classes transformées en dortoirs pour les camps louveteaux. Dans des tentes au fond des jardins. Dans des tentes scoutes dans le sud de la France ou de la Belgique. Dans des tentes décathlon 2’, 3’, 10’ sur les plaines du festival de dour, de werchter, d’esperanzah, du sziget, de la semo, j’en oublie. Une nuit à Namur, après le verdur rock dans le kot de mon frère avec Antoine. Dans le cagibi du kot de la bruxelloise. Sur le canapé de mon commu. Au kot ardoise, au kot mémé, à la fédé. Dans le car vers le Jura. Chez Simé, chez Panda, chez Nico, à Mons un peu partout. Dans un train de nuit filant vers la Pologne et dans un autre direction la Croatie. Sur le quai de la gare, à Mons, en attendant le premier train du matin après la fermeture des bars. Dans ce train qui a fait plusieurs fois Liège-Quiévrain Quiévrain-Liège avant qu’on se réveille, Émile et moi. Dans la gare de Varsovie. Sur des matelas sur des planchers chez des amis. Dans notre grenier. Sur une plage réservée aux chiens et remplie de crottes dans le Nord de l’Italie. Dans Boris, le mobilhome de mon père, un peu partout en France, Belgique, Italie, Croatie. Aux Tanneurs, dans la régie. Sur le canapé de Fred et Eric. Dans l’ancien appartement de Simon, sur un matelas au sol. À Avignon, dans une maison. À Venise, à Fuerteventura, à Prague, à Lisbonne, à Porto, à Madrid, à Barcelone, à Rome, à Marrakech, à Lorgues. En Martinique chez Joé et Coco. À Londres chez Jane Jules Lili Auguste Delphine et François. À Dakar chez Barry. À Montréal chez Fa et Ol et chez Dodo. À Québec chez Andréanne. À Séville chez moi. À Paris chez Marine. À Sirault chez mes amies. À Marseille avec mes amies. À Göteborg chez mon frère. À Murcie chez MC. À Budapest chez Kriszta. À Perpignan chez la maman de Simon, à Port-Grimaud chez celle de Chachou. À Wiers chez Céline. À Kain chez Lise. Chez les parents de Louise, de Victoire, de Catherine. À Nieuport, souvent. À Saint-Idesbald, avant. À Harmignies, à la Chaussée de Beaumont, à Dave chez mes grands-parents, puis chez ma mère, à Soignies chez mes grands-parents, plus depuis longtemps. (La dernière fois, est-ce qu’on peut vraiment savoir que c’est la dernière fois ?). À Harchies, le plus souvent. À Saint-Gilles, depuis longtemps. À Saint-Pierre, à l’hôtel, à Clerheid.

Brol #63 – on retire la peur, on garde le reste

Petit extrait d’un tout nouveau projet…

(…)

Je me disais : On retire la peur, on garde le reste.

Mais la peur s’est mélangée au reste, elle s’est faufilée, infiltrée, immiscée dans la chair du reste, si bien qu’il est impossible de la séparer de l’ensemble d’un coup de scalpel.

Je la visualise de la même manière que j’imaginais la tumeur de mon amie M, ou comme je me représente l’endométriose : une sorte d’amas de matières filandreuses, un enchevêtrement de branchages souples et rosâtres prenant racine dans un terreau inadapté mais toutefois fertile, vampirisant un espace vivant, l’étouffant de sa présence confuse.

Une équipe de chirurgiens a opéré mon amie pour la libérer de sa tumeur : 9h sur le billard, des complications, un traitement lourd, des anesthésies, de la douleur, de la terreur, puis la liberté retrouvée, la vie.

Peut-être pourrai-je m’entourer d’une équipe aussi bien outillée pour déconstruire patiemment cette peur, l’évincer, en détruire chaque tentacule un à un… Ou bien apprendre à faire avec, à l’apprivoiser, à l’intégrer, à l’absorber, à la comprendre.

Ou bien : les deux.

(…)

Brol #62 – chacun est son île

J’avais commencé ceci avec ces mots : je n’ai pas écrit un mot depuis mon retour du Boson, il y a un mois. Pas écrit un mot depuis un mois ? C’est faux, évidemment. J’ai écrit des dizaines de mails, des articles, des posts, des dossiers, des communiqués, je n’ai fait que ça : je n’ai fait qu’écrire pour les autres, par les autres, sur les autres, avec les autres. Je n’ai pas touché à un seul de mes projets, mis à part du bout des doigts, réglant quelques questions juridiques pour l’un d’entre eux – pas la partie la plus réjouissante. Mais, peut-être, comme me le disait M, dois-je me réjouir de chaque balise posée, apprendre à savourer l’inabouti et à embrasser patiemment le processus.

Il n’empêche, je suis dévorée par ce sentiment persistant de ne pas parvenir à sculpter dans le temps, à gratter le bloc de marbre du quotidien pour en polir les contours et en extraire des minutes-cailloux à m’offrir à moi-même.

Une amie m’écrit pour s’excuser de n’être pas plus présente pour nous, je lui dis : c’est pas grave, tu sais, pour le moment chacun est sur son île. Chacun est son île. Chaque maison, chaque famille, chaque appartement, chaque personne : une île. Nous formons de petits archipels humains qui attendent des bateaux pour se rejoindre, qui espèrent le moment où le vent gonflera leurs voiles.

Brol #61 – je ne brûle plus mes cahiers

Très tôt terrifiée par l’idée de figer des pensées que je comprenais fugaces, j’ai toujours détruit au fur et à mesure mes journaux intimes, mes histoires inventées de petite fille, mes poèmes, dépréciant quelques années (voire quelques mois) après l’avoir écrit ce qui, pourtant, venait de moi.

L’été, mon père allumait des feux dans le fond du jardin. Vers 16 ou 17 ans, j’y avais brûlé en cachette quatre carnets, je donnerais pourtant si cher pour les relire aujourd’hui.

D’où me vient ce mépris de moi-même, ce regard implacable et paralysant posé sur tout ce que je produis(ais) ?

Je savais sans doute à l’époque, je pressentais à quel point les années allaient étirer mes idées, les déformer, les élargir peut-être. Je savais que les mots du passé resteraient immobiles, gelés dans l’encre alors que celle que je suis ondoierait, grandirait, voyagerait.


J’ai continué à écrire, un peu, d’abord en secouant la tête au-dessus de mon cahier, regardant avec curiosité tomber sur le papier tout ce qu’elle contenait. Petit à petit se sont mis à y vivre des personnages nouveaux, dans des paysages inconnus jusqu’alors. Et même si j’ai toujours du mal à me relire, à considérer ce que j’ai écrit : je ne brûle plus mes cahiers.

Brol #60 – mots d’espoir à un.e inconnu.e – 3

Laisse-moi te raconter une histoire d’amour flamboyante. Celle de Katia et Maurice Krafft. Deux vulcanologues passionnés : toute leur vie, ils ont visité étudié photographié filmé observé examiné inspecté les moindres recoins, la moindre poussière de tous les volcans de la terre. Ils ont vécu des aventures immenses, sans cesse au bord du cratère, à la lisière de l’éruption, les poches remplies de magma et les yeux de lave en fusion. Ils se sont aimés jusqu’à la fin, emportés dans une nuée ardente crachée par le mont Unzen, au Japon.

Mais, tu le sais sans doute, toutes les histoires d’amour ne doivent pas être volcaniques.

Elles sont belles, aussi, les amours minuscules, les amours discrètes, les amours miettes.

Elles sont belles, encore, les amours fragiles, les amours usées, les amours cendrées.

Elles sont belles, toujours, les amours furtives, les amours tempêtes, les amours jalouses.

Moi, j’t’emmènerai jamais sur un volcan.

Mais j’pourrais t’emmener en forêt

Sentir la vie craquer sous nos pieds

S’arrêter, r’garder la neige tomber

Tirer la langue pour la rattraper

Et la goûter se liquéfier

Mais j’pourrais t’emmener à la mer

Joues rosées dans le froid de l’hiver

Sentir le vent qui accélère

Oublier tout ce qui est amer

Du sang bouillant dans nos artères

Mais j’pourrais t’emm’ner à la montagne

Allez viens, tous les deux on s’éloigne

J’te prends la main, tu m’accompagnes

Pour une fois on sera d’ceux qui gagnent

J’veux qu’on pétille comme du champagne

Brol #59 – mots d’espoir à un.e inconnu.e – 2

Je te souhaite des fenêtres ouvertes et des tables de fêtes,

Je te souhaite du thé noir brûlant et des biscuits sablés,

Je te souhaite du bleu royal, du corail, du vert d’eau, du jaune poussin,

Je te souhaite la musique à l’intérieur et la joie partout, et puis le contraire,

Je te souhaite les confidences, la patience, l’exigence – mais pas trop,

Je te souhaite la mer à marée basse, les volcans, l’élan – juste assez,

Je te souhaite le cœur qui tressaille, les larmes de joie, les rires en cascade – jamais trop.

Je te souhaite le doute et la surprise, les sommeils insondables,

Je te souhaite que quelqu’un prenne soin de toi, te soulève, te tendresse,

Je te souhaite de petites explosions et des cris d’amour,

Je te souhaite des mots abîmés et de quoi les réparer,

Je te souhaite des instants d’oubli, de l’ombre en éclats,

Je te souhaite des découvertes, des ciels roses et quelqu’un à qui penser,

Je te souhaite sa main sur la tienne.

Tu sais, en Italien, pour dire je t’aime, ils disent ti amo,

ti amo ti – aaaamo, ti amo ti amo ti amo ti amo ti amo ti – aaaaamo

Et puis

Ils disent aussi

« ti voglio bene », je te veux du bien.

Je – te – veux – du – bien.

Ce petit texte a été écrit pour le groupe de crieur.ses de rue « Les belle man d’amour » à la demande d’Archipel 19, Centre Culturel de Berchem-Sainte-Agathe.

Brol #58 – 2020

Quelque part en 2020, j’ai tenu mon courage dans mes dix doigts serrés et l’ai soulevé par-dessus mon visage pour proposer à une copine illustratrice de faire un livre ensemble. Elle a refusé d’emblée, sans même lire ce que j’avais écrit. Quelque chose s’est racrapoté à l’intérieur de moi : une toute petite boule, un minuscule petit pois qui a couru se loger dans la deuxième phalange de mon gros orteil.


Quelque part en 2020, un peu plus loin, une autre copine illustratrice m’a demandé si j’avais déjà pensé à fabriquer un objet de mes mots. Surprise, j’ai évincé la question, bredouillé quelques mots vagues. Le lendemain, je lui proposais de faire quelque chose ensemble, elle acceptait.


C’était ça, 2020, c’était un peu ces deux moments à la fois : du dur et du doux, des portes fermées et des fenêtres ouvertes. La petite boule, au fil des mois, des sœurs, des échanges, des projets, s’est doucement dépliée, a entamé une remontée. Taille : balle de tennis. Emplacement : mollet gauche.


2020, année désordonnée, année enfermée entre deux parenthèses étranges, année de Maurice, d’amour dévorant et de disponibilité totale, année de blessures et de réparations, année de dents serrées et de paumes ouvertes, de tentatives et d’oublis réussis, année de pertes (d’emploi notamment), année d’angoisse (financière notamment), année de nuits noires et de journées grises, année de cases à remplir et de guichets fermés. Oh bien sûr, on ne parle pas de ça sur les réseaux sociaux, mais en 2020 beaucoup d’entre nous ont été pauvres, beaucoup ont attendu un chômage pendant des mois, beaucoup ont galéré bien au-delà des solitudes et des peaux éloignées qui finalement, dans un sens, nous rapprochent tous.

2020, année de contrastes : fatigue montagne, colères orages et sillons sous la peau, mais aussi amour, amour, amour, projets tout frais, encre au bout des doigts et ressources nouvelles.

Mon train arrive en gare dans trois minutes, merci à ceux mais surtout à toutes celles qui m’ont enveloppée, soutenue, qui m’ont donné en 2020 du beau, du doux, du courage, du souffle, j’essaierai de vous le rendre mieux en 2021 ❤

Brol #57 – mots d’espoir à un.e inconnu.e – 1

Dès qu’on le pourra
Il faudra
Dégeler tout ça
Ranimer la braise, réveiller les feux,
Consoler l’enfant, embrasser les vieux,

Dès qu’on le pourra
Il faudra
Caresser tout ça,
Les cœurs fatigués, la peau accident,
Les corps malmenés, l’adieu aux absents,

Dès qu’on le pourra
Il faudra
Dessiner tout ça
Les journées glacées, les nouveaux contours,
Les eaux dérouillées, le besoin d’amour

Dès qu’on le pourra
Il faudra
Faire trembler tout ça
Affuter nos mots, fourmiller d’idées
Mordre la lumière, tout consolider

Mais, au fait, dis-moi,
Peut-être le peut-on déjà ?

Ce petit texte a été écrit pour le groupe de crieurs.ses de rue « Les belle man d’amour » À la demande de Archipel 19, centre Culturel de Berchem Sainte-Agathe, avec 4 autres petits textes qui suivront dans les jours à venir