Brol #61 – je ne brûle plus mes cahiers

Très tôt terrifiée par l’idée de figer des pensées que je comprenais fugaces, j’ai toujours détruit au fur et à mesure mes journaux intimes, mes histoires inventées de petite fille, mes poèmes, dépréciant quelques années (voire quelques mois) après l’avoir écrit ce qui, pourtant, venait de moi.

L’été, mon père allumait des feux dans le fond du jardin. Vers 16 ou 17 ans, j’y avais brûlé en cachette quatre carnets, je donnerais pourtant si cher pour les relire aujourd’hui.

D’où me vient ce mépris de moi-même, ce regard implacable et paralysant posé sur tout ce que je produis(ais) ?

Je savais sans doute à l’époque, je pressentais à quel point les années allaient étirer mes idées, les déformer, les élargir peut-être. Je savais que les mots du passé resteraient immobiles, gelés dans l’encre alors que celle que je suis ondoierait, grandirait, voyagerait.


J’ai continué à écrire, un peu, d’abord en secouant la tête au-dessus de mon cahier, regardant avec curiosité tomber sur le papier tout ce qu’elle contenait. Petit à petit se sont mis à y vivre des personnages nouveaux, dans des paysages inconnus jusqu’alors. Et même si j’ai toujours du mal à me relire, à considérer ce que j’ai écrit : je ne brûle plus mes cahiers.

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